Peur par Dirk Kurbjuweit

(Traduit de l’allemand par Denis Michelis)
Présentation de l’éditeur :
« J’avais toujours cru mon père capable de commettre un massacre. Dès qu’il était question d’une tuerie aux informations, je retenais mon souffle jusqu’à ce que le nom du coupable tombe. Pure paranoïa, j’en conviens, mais nos peurs d’enfant ont la peau dure. »
 Randolf Tiefenthaler affirme avoir eu une enfance normale, même si son père collectionnait à leur domicile un véritable arsenal. Marié et père de deux enfants, Randolf, aujourd’hui architecte, s’enorgueillit d’avoir acheté pour sa famille un nouvel appartement situé dans un quartier cossu de Berlin. Mais son confort bourgeois et ses convictions progressistes sont torpillés le jour où il rencontre l’homme qui vit sous leurs pieds. Dieter Tiberius se révèle vite un voisin menaçant, un harceleur au comportement de plus en plus erratique et inquiétant. Randolf Tiefenthaler devra répondre à une question que l’on n’aimerait jamais avoir à se poser : jusqu’où est-on capable d’aller pour protéger sa famille ?
Avis :
Ce livre fait partie des nouveautés de la nouvelle branche des éditions Delcourt : Delcourt littérature . Je vous invite à aller voir le catalogue qui promet de belles surprises. J’aurais l’occasion dans quelques temps de parler d’un autre livre de cette maison d’édition.
Le début de ce livre m’a un peu surprise, on connaît déjà le dénouement : le meurtre du voisin par le père du narrateur. Cela pourrait caser un peu le livre et ne pas donner envie d’aller plus loin.
Sauf que ce qui reste d’intéressant est de savoir comment on en est arrivé là. Pourquoi le père de Randolph a décidé de tuer ce voisin d’en dessous ?
Le narrateur va nous raconter son parcours de vie qu’il s’agisse de son passé (d’où il vient, qui sont ses parents, son frère et sa sœur…) mais aussi des moments qui ont précédés ce meurtre. On fait des allers et retours entre ces deux périodes.
Les retours dans le passé sont intéressants, l’auteur nous dépeint une Allemagne au moment de la guerre froide. Vivre cette période du point de vue d’une famille plutôt banale est très intéressant et bien documenté. On comprend ainsi d’où vient le narrateur et pourquoi il est ce qu’il est aujourd’hui. Le personnage du père et ce qu’il représente pour le narrateur est intéressant pour comprendre un peu les choix qu’il fait dans le présent.
Ces moments sont aussi parfois un peu long dans le récit. L’auteur se perd un peu dans les détails qui pour beaucoup n’apporte que peu de chose au récit. Cette partie est pleine de longueur. Cependant ce n’est pas ce qui est le plus intéressant dans ce livre.
Ce qui prend le plus de place et ce qui nous intéresse le plus sont les moments qui ont précédés ce meurtre.
On prend très vite conscience du sentiment qui va envahir ce couple face à ce voisin très étrange. Le narrateur nous dit tout ce qu’il ressent au fur et à mesure des agissements de son voisin. Très vite j’ai ressenti un malaise mais aussi d’injustice. L’auteur fait en sorte que l’on soit un peu à la place du narrateur pour bien comprendre ce qu’il vit avec sa famille. On va même plus loin car l’auteur fait en sorte que l’on se pose nous même la question : qu’aurions nous fait à sa place ?
On voit très bien toutes les étapes qui ont mené le narrateur à cette seule solution pour retrouver un peu de paix dans sa famille et dans son couple.
L’ambiance qui s’installe devient obsédante. A peine un chapitre se finit qu’on a très envie de savoir la suite. L’alternance avec ces scènes et celles du passé du narrateur nous garde en haleine et donne un rythme au livre.
L’auteur en profite aussi pour montrer un système judiciaire dans un État de droit avec ses défauts. Même si l’action se passe en Allemagne, je pense que l’on pourrait la transposer en France sans grand changement. Le sentiment d’injustice est très actuel dans notre pays et aussi le faite de ne pas se sentir en sécurité.
On ressort de ce livre avec beaucoup des interrogations par rapport au comportement que nous aurions eu à sa place ainsi que sur le poids du passé par rapport à ce que nous sommes. Le twist à la fin du livre remet certaines choses en question. Sans trop en dire, on reste un peu sans voix et on se sent un peu floué par rapport à ce que l’on nous raconte depuis le début. Cependant un certain trouble reste ainsi qu’une certaine pitié pour cet homme, le narrateur.
Cette lecture monte en puissance plus l’issue fatale arrive. Tout aurait pu être complètement différent si d’autres décisions avaient été prises.
C’est un petit coup de cœur car je pense que ce livre me restera longtemps en tête.
 
Pour poursuivre, je vous propose cette interview en anglais de l’auteur pour comprendre ce qu’il y a derrière ce livre : https://www.theguardian.com/books/2017/jan/28/the-day-my-lawyer-advised-me-to-get-a-gun-was-the-day-reality-came-to-an-end
 
Édition : Delcourt – Date de parution : 7 Février 2018 – 240 pages

 

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